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pierredave85@gmail.com

dimanche 4 septembre 2016

Dirty Cosmos: STARFIRE Critique

Une critique sur mon humble Blog, ça faisait longtemps.



Il s’agit d’une BD que j’attendais avec impatience, écrite par le youtubeur Le Chef Otaku, et dessiné par Djiguito.
Et franchement, je n’attendais pas cette BD parce qu’elle est écrite par un youtubeur connu, mais pour Djiguito dont j’avais fait la connaissance lors d’une master class de Video Kojima à Paris en 2012.
(Oui, l’anecdote de fou).


J’ai été séduit par son style particulier et sa faculté à faire des caricatures très ressemblante, que ce soit de personnages de fiction ou réels. Et j’avais hâte de voir ce que cela allait donner en BD.

Par ailleurs, malgré sa tendance à me traiter de tête de naze, le chef Otaku fait des analyses assez complexes dans ses vidéos. J’attendais donc aussi de voir ce qu’il allait faire en BD.

Et ce sera une critique mi-figue, mi-raisin.




Mais commençons par copier-coller violemment le synopsis pour vous mettre dans l’ambiance.

« Au fin fond de l'univers. Starfire un baroudeurs de l'espace en perditions, alcoolique et drogué à cause d'un artefact antique qui parasite son bras gauche et qui lui inflige d'horribles douleurs,se retrouve pris dans un conflit entre des orphelins des rues et des trafiquants de chair humaine. »

Scénario:

Pour ce qui est du scénario, il faut avouer que l’on reconnait toutes les influences du Chef Otaku.
En regardant de manière assidue sa chaine, on sent venir un anti-héros mélange de Ryo Saeba, Cobra ou encore Ken le Survivant.  L’univers lui est Blade Runneresque, et les méchants font penser à tout les mutants/monstre résultat d’un monde post apocalyptique extraterrestre que tout le monde reconnait.


Univers de SF qui va parler au lecteur, mais pas de lui même.


Et c’est finalement ce qui définit le fond de l’œuvre: la référence.
Le Chef Otaku construit de personnages et un univers qui ne repose que sur l’imaginaire collectif.
Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas vraiment de véritable empreinte dans cette BD, seulement un monde évocateur.


Le fond est créé par ce que cela nous rappelle, et non par ce qu’il construit.
Et c’est à la fois un point fort, et un point faible.
Ce procédé est très efficace pour faire vivre un univers rapidement en très peu de pages, et passer dans le vif du sujet. Néanmoins cela donnera l’impression au lecteur que l’œuvre manque de singularité et se repose sur ses références.


Et en l’occurrence l’œuvre ne part pas vraiment dans « le vif du sujet ».
C’est vraiment un numéro de présentation. Il n’y a pas vraiment d’enjeu ou de problèmes à résoudre.

Le héros et ses dilemmes sont présentés très tôt, il y a une petite bagarre au début pour introduire la rencontre entre StarFire et les jeunes héros. Mais il s’agit plus d’un prétexte que d’un vrai enjeu. Et par la suite, on a pas d’enjeu immédiat.
Le Bras de Starfire est un enjeu dans la durée, mais ... maintenant tout de suite, quelles objectifs poursuivent les héros ?
Page 20, la jeune fille explique que Starfire peut les aider à « partir d’ici ». Il aurait fallut développer l’enjeu.
Par exemple en voyant les héros définir comment partir. Starfire leur proposerait de les escorter jusqu’à un aéroport par exemple pour qu’ils puissent emprunter un vaisseau et partir de cette planète.
Objectif définit: partir de la planète. obstacle: Le méchant va envoyer des sbires les attaquer.



Le méchant introduit à la fin apparait paradoxalement trop ...et pas assez.
Trop, parce que pour ce qu’il y a à raconter il prend trop de place pour pas grand chose. Il y a 8 pages pour introduire le méchant sans que cela ne fasse avancer l’histoire.
Et donc pas assez, parce qu’il aurait fallu profiter de ces 8 pages pour introduire le méchant, mais aussi la menace qu’il constitue.
Okay, il est méchant, et c’est un dictateur démoniaque. Mais en quoi est-il si puissant ? Comment a-t-il acquis son pouvoir ? De quels armes ou force de frappe dispose-t-il pour menacer les héros ?(Bon, okay, il envoie ses gardes, mais c’est deux pauvres types restés immobiles jusque là. Starfire a vaincu facilement des types plus gros que ça en début d’histoire).

Le méchant présenté à la fin n’est pas un enjeu, c’est un obstacle.


Bref globalement il y a un problème de rythme pour moi.
-5 pages sur le héros
-10 pages: La baston sert à se faire rencontrer les héros.
-6 pages de dialogues pour que les jeunes héros fassent connaissance avec StarFire.
-8 pages pour introduire le méchant.


Pour moi ces 8 dernières pages aurait pu être condensé en 3 voir 4 pages. On aurait ainsi rallongé le dialogue entre Starfire et les enfants pour mieux définir leurs objectifs.
Et même si je vais louer la narration par la suite, je pense que parfois, il faut faire synthétique.

Pour donner un exemple j'ai synthétiser toute l'arrivé du sbire en une seule au lieu de presque 3 pour le voir arrivé. On a toutes les infos nécessaires,  il n'était pas utile de prendre deux pages juste pour le voir se déplacer et se faire ouvrir les portes.




Le dessin:

La grande qualité de Djuigito c’est les visages, et cela participe grandement à la force de la BD, et notamment au charisme du héros. Les personnages ont exactement la même tête d’une case à l’autre, et croyez moi quand on dessine c’est pas une mince affaire. Dans un monde apocalyptique où les héros ne peuvent compter que sur eux mêmes, le fait d’avoir un dessinateur leur donnant autant d’identité est un plus.

Bon, et c’est là où je vais être moins élogieux avec mon pote Djiguito qui excelle sur les visages des personnages est très inégales sur le reste.
Si on est familier de son travail on réalise vite que la caricature est son domaine de prédilection, et quelle passe par des visages très ressemblant, mais aussi par des corps tout petit (en super déformer comme aime le dire nos amis japonais). Et dans Dirty Cosmos, il cherche à dessiner les personnages avec des proportions plus réaliste, malheureusement, le naturel revient très vite au galop.

Les proportions de la fille sont différentes entre la case 1 et 2


Les décors sont un autre point faible, la plupart étant visiblement fait à main levé avec parfois des perspectives faites à l'envolé.
Je pense principalement aux escaliers de la page 28. Et je n’exagère pas en disant que cette escalier a jeté le discrédit sur l’œuvre. A chaque fois que je lis Dirty Cosmos, j’appréhende le moment où je vais lire cette case.
C’est d’autant plus étonnant que sur la page suivante, l’escalier est très bien fait.



A propos de propreté, je voudrais revenir sur l’encrage. Le chef Otaku disait que l’encrage un peu credo participait à ce coté « dirty » de l’univers, et ce n’est pas une mauvaise idée.
Malheureusement quand on se heurte à des défauts anatomiques ou de perspectives cités précédemment, l’encrage « à l’arrache » a tendance à faire cache misère. Les effets de gris donnant aussi cet aspect griffonnés par un enfant et donne un aspect plus qu’amateur.
Et je ne suis pas fan des effets informatiques. Si on veut privilégier ce coté organique et crade en dessinant avec beaucoup de hachures, le fait d’ajouter des dégradés automatique trahit l’ajout informatique qui ne s’harmonise pas avec le reste.
Ben alors, il a des bretelles ou pas ? Y'a trop de traits, je vois rien.
Il a des bretelles alors ou pas ? Je vois rien avec tous ces traits.

L'effet informatique qui fait bizarre.





Les qualités:

Ouah, parce que là j’attaque dur, mais la BD reste sympa quand même.
Le héros dégage un certain charisme et un aura de mystère du à son bras. Le bras le fait souffrir et semble avoir sa propre vie et autonomie, le lecteur peut donc se demander « est-ce qu’un jour il va se débarrasser de son bras artificiel ». Tout comme il peut souhaiter qu’il ne le perde jamais pour ne pas perdre l’objet qui rend le héros unique. (C’est le paradoxe de Hulk, par empathie avec Banner, on ne devrait pas souhaiter qu’il se transforme en Hulk).

Si j’ai critiquer le dessin, on voit qu’un effort a vraiment été fait pour rendre la narration fluide, et on est loin de tâcheron qu’on peut voir dans le domaine amateur.
Pour moi le dessin n’est pas mauvais, il manque juste d’exigence.
La narration donc, est très clair, presque cinématographique. Les plans prennent le temps de découper l’action pour donner un rythme aux scènes, et pour se concentrer sur les personnages.
  Et même quand l’agencement des cases se permet quelques excentricités, on ne se trompe jamais dans le sens de lecture

La narration en BD, c'est ce qu'il y a de plus important


Concernant l’édition c’est une réussite, Le papier est de bonne qualité, et les partis éditoriales comportent juste ce qu’il faut d’information pour en découvrir plus sur les auteurs et leur univers.
Il manquerait juste des infos pratiques, qui à l’ère du numérique me semblent indispensable (site internet, facebook etc). Mais je pinaille vraiment pour celle-ci.
Moi qui suis très friand de contenus additionnelles, je n’ai pas été déçu, Dirty Cosmos nous gâte avec 17 pages remplis de croquis et de fanarts.



Conclusion:

Si la BD du Chef Otaku et de Djiguito n’est pas parfaite, elle a néanmoins des qualités indéniable pour une première œuvre.
 Le tout est de voir si l’essai sera transformé dans la suite. S’il n’y avait qu’une chose sur laquelle focalisé l’attention pour moi ce serait les décors (L’escalier de la page 28).

Une critique qui j'espère permettra aux auteurs d'améliorer leur travail.
Je leur souhaite bonne chance pour la suite, vous pouvez compter sur moi pour acquérir le prochain volume de Dirty Cosmos : Starfire.




La polémique:

Une polémique de petite envergure est apparu sur la chaine du Chef Otaku est apparu dans les commentaires. Certes elle n’est pas très importante, mais je souhaiterais donner mon avis dessus.
Elle concerne le fait que le chef Otaku se serve de sa notoriété en tant que youtubeur pour vendre sa BD, certaines personnes dans les commentaires affirmaient que …Bah …pas grand chose en fait.
Ils lui faisait le reproche de profiter de sa notoriété de youtubeur pour vendre sa BD, mais n’expliquait pas en quoi c’était mal.

Alors, je comprends que pour le cas de personnes faisant des produits dérivés où ils n’ont pas d’influences et qui profitent de cette notoriété pour vendre tout et n’importe quoi, les gens puissent trouver que la démarche est plus mercantile qu’artistique.
Mais cet argument a pour origine un préjugé que je trouve inadmissible.

Parce que c’est gratuit, et parce que ce sont des amateurs et non de grosses entreprises on exigerait des artistes (sur youtube ou autre) qu’ils ne fassent pas fructifié leur succès ? Personne ne reproche à Marvel de vendre des petites cuillères Spider-man, mais le joueur du grenier n’aurait pas le droit de faire une BD à son nom .
Quand bien même il ne l’aurait pas écrite ou dessiner, ça revient au même, il s’agit certes d’une démarche mercantile, mais pourquoi le reprocher au amateurs ? Au contraire, cela permettra aux artistes de vivre de leur art de manière indépendante.
Les youtubeurs ne sont pas riches, les voir faire de produits dérivés pour mettre un peu de beurre dans les épinards n’est pas répréhensible. Et pourtant on leur en fait le reproche comme s’ils voulaient s’enrichir sur le dos des gens.


Et pour ce qui est du cas du Chef Otaku, je trouve que la remarque est hors de propos.
-Déjà parce qu’il s’agit clairement d’une démarche artistique dans le produit lui même. La promotion de la BD s’appuie effectivement sur la notoriété du Chef Otaku sur youtube. Mais il y’a une prise de risque à s’aventurer hors des chemins battus qui ont constitués son succès. Il a pas fait une BD « le Chef Otaku ». Il a écrit sa propre histoire. Ce qui a plu sur youtube ne se retrouve pas dans la BD.
-Ensuite si on s’attarde un peu sur son parcours, on constate qu’avant d’avoir eu du succès sur youtube, le chef Otaku faisait déjà de la BD. Dirty Cosmos reprend même des personnages qu’il avait déjà écrit.  Que je vous invite à découvrir ici.
Désormais grâce à sa notoriété le Chef peut concrétisé son ancien projet.
Sa première passion c’est la BD, sa chaine parle de BD, il a déjà dessiné des BD, pourquoi maintenant qu’il est populaire comme youtubeur, devrait-il s’interdire de faire de la BD ?
-Et enfin, le Chef et Djiguito ne profitent pas d’une horde de fans naïfs pour se faire pleins de fric sur leur dos. Le projet est amateur, le chef et Djiguito se font à peine quelques euros sur le bouquin. Franchement, si c’était pour se faire de l’argent sur le dos des gens, c’est eux qui se ferait arnaquer.

Je sais bien que cette polémique, est assez minoritaire dans les commentaires sur la chaine youtube du chef Otaku, mais ils méritent quand même d’être combattus.



Par contre, ça m’a beaucoup rire en constatant que ce dessin de Elementar (héros de Félipe Grau) était du chef Otaku. Nous avions tout deux participer au « casting » pour dessiner le vol 2 de Elementar (finalement jamais paru).





Preuve que avant de parler de manga sur youtube, Le chef Otaku était avant tout un auteur de BD, et aussi un amoureux des comics.